Retour Éloge de la curiosité
De Cécile Aubry

On a coutume de dire que la curiosité est un vilain défaut. Encore conviendrait-il de préciser la nature de cette curiosité et d'en connaître les auteurs. Car on confond parfois indiscrétion et curiosité. Si c'est être coupable que de vouloir découvrir ce qui appartient à la vie privée des gens, il est, en revanche, fort louable d'acquérir chaque jour de nouvelles connaissances.

Alors que les "grandes personnes", parfois par timidité, parfois par paresse, souvent par indifférence, hésitent à se poser des questions, les enfants, eux, ne s'en privent point. Et c'est très bien ainsi.

Mais, fréquemment, les parents acceptent un " dis pourquoi ? ", à la rigueur deux, mais, à la troisième question, sollicité par d'autres tâches, ou hésitants sur la réponse à donner, décident de clore l'interrogation par un définitif " Tu apprendras cela plus tard " ou " Cela n'intéresse pas les enfants ".

Or, précisément, tout intéresse les enfants et ce n'est pas demain que les réponses doivent leur être données, mais aujourd'hui. Toutes les réponses. Ou, enfin, presque toutes...

Car ce serait une erreur de croire qu'on se débarrasse aisément d'un interlocuteur âgé de quatre ou de six ans. Ce que vous ne lui direz point, il tentera de le découvrir lui-même. Il est préférable par exemple, qu'il sache que le petit bout rouge des allumettes est un mélange de phosphore et de soufre qui s'enflamme au moindre frottement avant de le découvrir lui-même à ses dépens.

De même, si l'on sait que les moustaches du chat ne sont pas seulement des éléments décoratifs mais sont essentielles au déroulement normal de sa vie de chat, alors, sans doute, ne sera-t-on pas tenté de les lui couper.

J'ignore si l'on devient très savant en questionnant à tous propos et sur toutes choses, mais je suis certain que c'est une preuve de modestie.

Nous connaissons tant de Monsieur-je-sais-tout et de Mademoiselle-parce-que, haut de trois pommes et déjà si sûrs d'eux, qu'il est en définitive bien agréable de renseigner, autant qu'il est possible, les enfants curieux de tout savoir. Ainsi entendue, la curiosité n'est-elle pas, alors, une précieuse qualité ?

Et puis, en répondant à des questions intéressantes, on ne risque point de s'énerver, de s'irriter et de déclarer brusquement " Tu me casse les oreilles ! " Car il y a fort à parier qu'aussitôt on vous demandera " Dis, pourquoi dit-on : tu me casse les oreilles ".